Qu'est-ce que l'Europe ?
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L'Europe est non seulement un terme qui désigne des territoires de tailles très diverses, mais c'est aussi l'une des représentations géopolitiques les plus riches. Quand on parle de l'Europe, ce n'est en effet pas toujours au même espace, à la même Europe que l'on se réfère. Il est important alors de s'interroger sur la signification de ce terme si employé de nos jours. Le mot "Europe" provient peut-être de l'assyrien "ereb" et désigne le couchant par opposition au levant. Le terme est également associé à la déesse grecque "Europa" et désignait pour les grecques les territoires barbares situés au Nord. Malgré ces origines troubles, le terme d'Europe est employé depuis le VIII ème siècle avant Jésus-Christ et depuis il a connu des significations très diverses. Pour comprendre ce qu'est l'Europe, ce que regroupe ce terme à l'heure actuelle, il importe d'analyser d'une part l'espace, le concept " Europe " et d'autre part le " projet politique Europe ".

I L'Europe, un concept aux contours indécis

Le concept d'Europe a toujours été une source de controverse pour ceux qui s'y réfèrent. En effet non seulement, historiquement c'est une notion imprécise et changeante mais de plus géographiquement, il n'est pas définit de façon rigoureuse et satisfaisante.

A ) La notion géographique de l'Europe :

Existe-t-il alors un espace Européen si spécifique qu'il mérite qu'on le nomme ?
Pour les géographes, l'Europe est la péninsule du continent eurasiatique. D'Ouest en Est, elle s'étend traditionnellement de l'atlantique à l'Oural. Du nord au sud, elle recouvre les régions comprises entre le cap nord et la Crète. Cette définition, si elle est généralement admise par la majorité des ouvrages n'est pas sans poser problème.
A l'Est, la limite de l'Europe avec l'Asie a toujours été soumise à discussion. Si actuellement la Russie est considérée comme faisant partie de l'Europe, ce n'est qu'au XVII siècle que cette idée s'est imposée. Ce fut Pierre le Grand qui, en ouvrant un débouché sur la baltique aux dépends de la Suède et en fondant sa capitale Saint-Pétersbourg, a déplacé la frontière orientale de l'Europe jusqu'au monts Oural. Tatichtchev, géographe officiel, justifia alors les monts Oural comme nouvelle limites de l'Europe. Au delà s'ouvre l'Asie. Les géographes admettaient auparavant le fleuve Don comme frontière naturelle de l'Europe. Cependant les monts Oural, peu élevés n'ont jamais constitués un obstacle infranchissable et certains auteurs n'hésitent pas à parler de l'Europe de l'Atlantique au Pacifique considérant que la très grande majorité de la population sibérienne est russe.

Ce problème de la frontière orientale n'est pas le seul dans la définition géographique de l'Europe. Les géographes se sont violemment opposés au sujet des îles britanniques : Doit-on les intégrer en Europe, même débat pour l'Islande ?
Les détroits de Gibraltar et du Bosphore ont été également contestés comme limites de l'Europe. Séparent-il des terres radicalement différentes ? même si la distance est moindre qu'avec les îles britanniques ?

A cette confusion géographique s'ajoute la diversité des conceptions historiques du terme Europe.

B) Un concept historique à géométrie variable

Alors que le continent européen est divisé en un très grand nombre d'Etats, de langues et de peuples, on a très tôt parlé de l'Europe comme d'un ensemble cohérent. Si pour les grecs et les romains la notion d'Europe n'existait pas, en revanche, dès le Moyen Age, les élites avaient conscience d'une Europe. Il s'agissait alors de l'Europe chrétienne (la chrétienté) par opposition au monde musulman, représentation qui se renforça avec l'invasion des Balkans et la prise de constantinople par les Turcs (1453) et après l'achèvement de la reconquête chrétienne de l'Espagne (1492).
Au cours du XVI siècle la notion de chrétienté cède le pas à celle d'Europe, mais c'est au cours du XVIII siècle que l'Europe est vraiment conceptualisée.
A la veille de la première guerre mondiale, l'Europe fait l'objet de débat géopolitique, on parle de l'Europe par opposition à l'Amérique, " déclin de l'Europe ", " La vieille Europe " comme si elle était un ensemble homogène. En réalité il s'agit des nations industrielles d'Europe qui ont eu un rôle hégémonique dans le monde du fait de la colonisation. Cette dualité dans la conception de l'Europe va continuer à s'observer avec le partage de Yalta. En effet on va alors désigner comme Europe, la seule partie occidentale du continent. Le terme d'autre Europe pour désigner l'Est va être alors souvent employé.
Avec la chute du mur de Berlin en 1989, Le terme d'Europe va devoir être repensé et reconsidéré. Gorbatchev va parler de " maison commune ". Les pays de l'Europe de l'est vont massivement demander à intégrer la construction politique de l'Europe et revendiquer la solidarité européenne. L'Europe devient moins restrictive même si l'intégration des ex-pays communistes soulève de nombreux problèmes. La dualité de l'Europe ne disparaît pas, mais un espoir d'évolution est permis et souhaité par les PECOS.

II L'Europe, un projet politique

Sur cette espace européen subjectif, une volonté d'appliquer un projet politique va naître. Très tôt des tentatives et des projets utopiques vont proposer une vision unitaire de l'Europe s'appliquant sur un espace défini. Ces projets utopiques n'en seront pas moins suivie par un véritable projet politique de "construire l'Europe". D'abord s'élaborant comme une réaction au monde communiste et soutenue en ce sens par les Etats-Unis, la construction Européenne va modifier son orientation vers une conception plus ambitieuse de l'Europe. Le terme Europe désigne donc définitivement depuis la fin de la deuxième guerre, un projet politique

A) Les origines du projet politique Européen.

L'unité politique de l'Europe n'est pas une idée neuve et elle a au cours de l'histoire connue des réalisations ou des tentatives théoriques.
On peut ainsi citer deux empires qui ont eu une véritable vocation européenne : Celui de Charlemagne et celui de Napoléon.
En l'an 800, Charlemagne est sacré empereur à Rome par le pape. Il dominera alors pour un temps bref une structure politique commune, l'empire, qui regroupe un noyau spatial européen défini à l'intérieur par une chrétienté latine et délimité à l'extérieur par l'islam. Il est alors intéressant de noter la coïncidence entre cet empire et le noyau originel du traité de Rome de 1957. La période carolingienne exercera une réelle influence sur le mythe européen.
Pour Napoléon, l'Europe est un ensemble unique composé de nations qu'il souhaite regrouper sous son autorité selon des institutions communes. Il y inclut la Russie mais non l'Angleterre, son rêve est celle d'une Europe " des colonnes d'Hercule au Kamtchatka ". Son ambition est d'y exercer une " dictature universelle " déclare-t-il en 1815. Le choc de cette aventure impériale va profondément marquer les esprits européens.
Quant aux projets utopiques d'architecture européenne, il en existe deux qui par leur modernité vont frapper les dirigeants européens.
- La confédération de Georges Podiebrad (1464) Roi de Bohême, qui propose à Louis XI, un traité d'alliance et de confédération regroupant la Pologne, la Hongrie, la Bohème, la Bavière, les princes de Germanies et d'Italie, la Seigneurie de Venise et la Castille. Cette confédération aurait fonctionné avec une assemblée (majorité simple), une cour de justice, une force armée commune et un budget commun. Ce projet si moderne est refusé par le Roi de France Louis XI.
- Le Grand dessein du Duc de Sully (1632) : après la renaissance, de nombreux projets utopiques
pour unifier l'Europe vont se multiplier. Celui du Duc de Sully repose sur l'idée d'une confédération d'Etats placée sous la garde d'un Conseil de l'Europe composé de conseils provinciaux. Ce projet est aussi un plan de redécoupage de l'Europe entre nations d'égales importance par leur superficie et leurs richesses pour assurer un certain équilibre.
Ces projets sont conçus comme des réactions à une menace extra-européenne : l'empire ottoman. Ce n'est finalement qu'après la seconde guerre mondiale que l'aboutissement d'un projet politique pour l'Europe va finalement survenir. Pour cela, il suppose une véritable solidarité des peuples européens face à une menace.

B) La construction de l'Europe

Le terme d'Europe s'applique désormais à la construction volontaire d'une association durable entre une quinzaine d'Etats ayant fait le choix stratégique de l'Union Européenne. Ce traité peut être considéré comme une réponse collective des nations Ouest-européennes à un défi géopolitique redoutable. Si à l'origine la construction européenne était clairement, une réaction au communisme et aux dangers d'un nouveau conflit, elle est désormais investit d'une nouvelle mission, celle de faire coïncider un espace et un projet. La construction européenne est exemplaire et inédite. Inédite parce que c'est la première fois qu'un projet d'union en Europe est tenté sur une base démocratique, exemplaire parce que l'Europe est le seul continent à disposer d'un projet visant à unifier un système géopolitique d'Etats autonomes, de façon égalitaire.
Le traité instituant l'Union Européenne ne propose pas de définition de l'Europe qui est un critère d'adhésion : " le terme combine des éléments géographiques, historiques et culturels qui ensemble contribuent à l'idée européenne, leur expérience partagée de proximité, d'idées, de valeurs et d'interaction historique ne peut être condensée en une formule simple et reste sujette à révision. "
Le terme d'Europe peut désormais se définir par son contenue, la citoyenneté européenne. Une citoyenneté qui désormais comporte des droits et des devoirs politiques. C'est un véritable progrès dans la conception de l'Europe même si les européens se sentent d'abord nationaux, on constate l'émergence d'une véritable conscience européenne. (manifestations) .
La construction de l'Europe c'est donc l'application d'un projet politique à un espace européen cohérent, avec la constitution d'une citoyenneté européenne.

CCL :
Ainsi l'Europe est-elle une idée sans cesse reformulée par ses penseurs et ses citoyens. L'espace n'est que le support d'un projet politique, économique et culturel. Sont européens ceux qui participent d'un projet démocratique européen, celui qui prépare l'avenir.